Les découvertes : Une tradition familiale

La mise en lumière de l’historique d’objets importants

Une tradition familiale

« Mon père était un homme d’amour. Son métier et sa famille étaient ses seules passions, ses découvertes, sa fierté. Ma mère, toujours à ses côtés, l’a sans cesse soutenu, aidé et encouragé.

Encore aujourd’hui, je me souviens de l’énergie dépensée sans jamais compter afin de découvrir et de présenter les objets les plus rares, les plus originaux, ceux qui éveillent en nous l’envie d’apprendre, l’irrésistible ‘démangeaison’ de la recherche, le besoin absolu de parcourir des livres... Cela n’allait pas sans déclencher mille jalousies et jalonner leur chemin de contraintes que d’aucuns auraient pu penser insurmontables, mais qui a défaut de les arrêter les ont rendus plus forts tout au long de leur carrière.

Il serait ici trop long de se lancer dans un inventaire exhaustif de toutes leurs découvertes, mais il me fait plaisir de vous en présenter quelques-unes qui sont devenues de véritables icônes des collections muséales dans lesquelles elles se trouvent aujourd’hui.

L’héritage se devait d’être assumé, mais la récompense n’en a été que plus importante... et c’est pour moi aujourd’hui une joie immense, soutenu par mon épouse et entouré de mon équipe, que de pouvoir perpétuer cette tradition familiale... »

Section Header PROVENANT DES COLLECTIONS DE LOUIS XIV AU CHÂTEAU DE VERSAILLES, ET AUJOURD’HUI CONSERVÉE AU J. PAUL GETTY MUSEUM

PETITE TABLE À ÉCRIRE ATTRIBUÉE À PIERRE GOLE (VERS 1620- 1684)

« Cette table à écrire attribuée à Pierre Gole et provenant des collections de Louis XIV à Versailles, rare témoin du mobilier du premier Trianon de porcelaine, a été présentée par mes parents lors de la Biennale des Antiquaires de Paris en 1982. J’avais à l’époque douze ans et l’impact qu’a eu sur moi cette table influença à jamais ma vie future. »

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Portrait de Louis XIV vers 1670 d’après Claude Lefèbvre (1632-1675).Collection du château de Versailles (inv. MV 8369).
Vue du Trianon de Porcelaine à Versailles vers 1684.

Paris, époque Louis XIV, vers 1670-1675.

Bâti de chêne, placage en amarante, ébène, bois violet, ivoire et corne teintée en bleu ; tiroir en noyer ; bronze doré ; laiton ; métal et velours bleu.

H. 63.5 cm. (25 in.) ; L. 48.5 cm. (19 in.) ; Pr. 35.5 cm. (14 in.).

PROVENANCE: collection de Louis XIV au château de Versailles ; collection de Dupille de Saint-Severin, vendue à Paris le 21 février 1785, lot n° 323 ; collection de Bernard Steinitz à Paris ; collection du J. Paul Getty Museum à Los Angeles (inv. 83.DA.21).

La table correspond à celle décrite dans un inventaire posthume du Roi dressé entre 1718 et 1729 : « 651. Une petite table à ecrire de marqueterie d’yvoire blanc & bleu fond blanc, le milieu couvert de velours bleu, aient un tiroir par un bout, longue de dix huit pouces [48.6 cm.] sur treize de large [35 cm.] et vingt cinq de haut [67.5 cm.], portée sur quatre pilliers à guaine de même ouvrage »1.

  1. Archives nationales, O1 336 ; cité par Joseph Godla et Arlen
    Heginbotham, Baroque and Régence, Catalogue of the J. Paul Getty Museum Collection, Los Angeles, 2008, p. 96-101, cat. n° 8.
Section Header POUR LOUIS XIV AU CHÂTEAU DE VERSAILLES AUJOURD’HUI CONSERVÉ AU METROPOLITAN MUSEUM OF ART

EXCEPTIONNEL BUREAU EXÉCUTÉ VERS 1685 PAR ALEXANDRE-JEAN OPPENORDT (1639–1715)

« Je me souviens encore de mon père nous expliquant sa décision de vendre ce chef-d’œuvre à madame Wrightsman, célèbre donatrice du Metropolitan Museum, pour, à sa manière, remercier le peuple américain du sacrifice tellement cruel de tant de jeunes soldats venus les libérer, en se rappelant encore, avec un sourire amusé et un petit clin d’œil malicieux qui était tellement lui, le souvenir inoubliable que lui avait procuré les premières boîtes de « corned-beef » que ces libérateurs lui avaient offert. »

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Paris, époque Louis XIV, vers 1685.

Bâti en chêne, sapin et noyer; ébène; bois violet; marqueterie de laiton et d’écaille; bronze doré et métal. H. 77 cm. (30 1/4 in.); L. 106 cm. (41 3/4 in.); Pr. 59.4 cm. (23 in.).

Provenance: collection de Louis XIV au château de Versailles (avant 1718) ; collection de Bernard Steinitz à Paris; collection de Charles et Jayne Wrightsman à New York ; don de Mrs. Charles Wrightsman en 1986 au Metropolitan Museum of Art à New York (inv. 1986.365.3).

Bibliographie : "French Royal Furniture in The Metropolitan Museum of Art", The Metropolitan Museum of Art Bulletin, volume 63, no. 3 (2006).

Livré en 1685, ce « bureau brisé » est l’une des rarissimes pièces d’ébénisterie réalisée pour Louis XIV et de surcroît pour Versailles aujourd’hui répertoriées. Il montre un luxuriant décor où le chiffre du roi est omniprésent dans la marqueterie de laiton et d’écaille rouge gravée. Ce bureau fait partie d’une paire commandée par les Bâtiments du roi pour le « Cabinet où le Roi écrit », cabinet privé en arrière de la galerie des Glaces à l’emplacement de l’actuelle pièce des bains de Louis XVI. Son pendant, classé Trésor National, a été acquis par le château de Versailles en vente publique en novembre 2015.

Section Header EXÉCUTÉS VERS 1664-1665 PAR PIERRE MASSÉ (REÇU MAÎTRE EN 1639)

PAIRE DE FLAMBEAUX DE TOILETTE CARRÉS PORTANT LES EMBLÈMES DU GRAND DAUPHIN, FILS DE LOUIS XIV

« Cette précieuse paire de flambeaux, au décor royal et aux dauphins entrelacés et couronnés à l’évocation du Grand Dauphin de France, sont de rarissimes témoignages d’orfèvrerie ayant survécu aux grandes fontes de la fin du règne de Louis XIV. Ils constituent l’un des nombreux objets offerts par mes parents aux musées français ».

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Paris, époque Louis XIV, vers 1664-1665.

Argent. Poids : 0.646 kg et 0.654 kg.

H. 20.5 cm. (8 1/8 in.) ; L. 14.5 cm. (5 3/4 in.). Poinçons de Pierre Massé.

Armoiries de David-François le Chevalier de Rochefort (1730-1815) visible sous la base de chaque flambeau.

Paris, musée du Louvre, don M. et Mme Bernard Steinitz, 2000 (inv. OA 11956, OA 11957).

Section Header EXÉCUTÉE PAR FRANCESCO RIGHETTI (1749-1819) ET ORNÉE DE SON PLATEAU DE MARQUETERIE DE MARBRE ET DE PIERRES DURES PAR GIACOMO RAFFAELLI (1753-1836)

EXTRAORDINAIRE TABLE DE BRONZE DORÉ

« Cette extraordinaire table reste pour moi un souvenir inoubliable ! Entraperçue avec mon père chez un expert, mais ne pouvant l’acquérir car déjà promise à une vente publique, ce fut pour nous, dans un premier temps, un véritable objet de torture. En effet, nous étions tous deux tombés sous le choc, mais contraints de ne pas pouvoir satisfaire dans l’immédiat notre « appétit » instinctif. Il nous fallut dès lors attendre fébrilement la date fatidique... Finalement, la jouissance fut à la hauteur de la torture...La table devint nôtre sans résistance ! Nous avions, sans le savoir, jeté un sort sur cet objet qui ne pouvait plus qu’être acquis par nous. »

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Rome et Milan, 1804.

Bronze doré, marqueterie de marbre et de pierres dures.

H. 88.3 cm. (34 3/4 in.) ; L. 77 cm. (30 1/4 in.) ; Pr. 58 cm. (22 7/8 in.).

PRoVENANCE: collection particulière, France ; collection Bernard Steinitz à Paris, circa 2000 ; collection privée, Californie, USA; collection de Mr. et Mrs. Peter Pritchard.

EXPoSITIoN : Art of the Royal Court, New York, The Metropolitan Museum of Art, 2008, p. 312-314, cat. n° 122, repr.

Section Header VENDUE À PARIS EN FÉVRIER 1777, PUIS DE LA NON MOINS FAMEUSE COLLECTION DU BARON VAN HOORN DE VLOOSWYCK, VENDUE À PARIS EN NOVEMBRE 1809

BAS D’ARMOIRE PAR ANDRÉ-CHARLES BOULLE AYANT FAIT PARTIE DE LA FAMEUSE COLLECTION DE RANDON DE BOISSET

« Lorsque j’ai découvert cet extraordinaire meuble d’André-Charles Boulle, il avait été dans son passé récent mal interprété et son historique avait échappé à l’étude qui en avait été proposée. Il s’est révélé en fait, grâce aux recherches menée par Alexandre Pradère, provenir des célèbres collections Randon de Boisset et Van Hoorn. L’ étude complète et détaillée de ce meuble a été publiée dans notre catalogue de 2014. »

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Paris, 1er tiers du XVIIIe siècle.

Bâti de chêne ; ébène ; marqueterie en contrepartie de laiton et d’écaille ; bronze doré. H. 95 cm. (37 1/2 in.) ; L. 187.5 cm. (74 in.) ; Pr. 39.5 cm. (15 1/2 in.).

PROVENANCE: ancienne collection de Randon de Boisset, vente à Paris, le 27 février 1777, lot no 773 ; ancienne collection du marchand de tableaux Donjeux, vente à Paris, le 29 avril 1793, lot no 545 ; ancienne collection du baron Van Hoorn de Vlooswyck, vente à Paris, le 29 novembre 1809, lot no 580.

Collection Steinitz, catalogue 2014 et exposé à la Biennale des Antiquaires de Paris de la même année. Fait aujourd’hui partie d’une prestigieuse collection particulière.

Lot n° 773 de la vente de Randon de Boisset, Paris, 27 février 1777.

Si la collection de Randon de Boisset ne comporta pas un nombre très importants de numéros, elle marqua en revanche considérablement ses contemporains tant elle leur parut exceptionnelle et comparable en qualité à celles des autres grandes collections du temps, celles du comte d’Artois, du prince de Conti, du duc d’Aumont ou du duc de Choiseul. On pouvait en effet y admirer quarante-sept toiles de l’école italienne dont un Véronèse et deux Salvatore Rosa ; deux Paul Bril, quatre Rubens, quatre Brueghel de Velours, deux Jordaens, un Van Dyck, quatre Rembrandt dont Les Pèlerins d’Emmaüs, ainsi que des œuvres de Teniers, Van Ostade, Dou, Metzu, Wouverman, Potter, Berghen et Dujardin, formaient l’essentiel des cent cinquante-huit tableaux des écoles flamande et hollandaise. L’école française était représentée par cent quatorze tableaux dont deux Poussin, six Le Sueur, deux Watteau, deux Van Loo, dix-neuf Boucher, quatorze Greuze, sept Hubert Robert et cinq Fragonard. Un Vélasquez et deux Murillo formaient une évocation de premier ordre de l’école espagnole. A cet ensemble prestigieux, s’ajoutait une très impressionnante collection de porcelaines, montées ou non, de cristaux de roche et autres précieux gemmes, des laques, des tables de marbres rares et des meubles de marqueterie. Si Randon de Boisset dépensa pour cette fabuleuse collection une fortune considérable, il sut incontestablement le faire avec goût, réunissant chez lui « les œuvres les plus délicates de l’imagination et de l’esprit humain »1. Comme l’écrivit le comte Clément de Ris en 1872, cette collection « avait été si bien choisie que vingt de ces tableaux sont venus se ranger dans les galeries du Louvre où ils tiennent encore une fort belle place »2 Notre bas d’armoire fit partie dans les premières années du XIXe siècle de la collection du baron Van Hoorn de Vlooswyck, le plus important collectionneur de meubles Boulle et d’objets d’art sous l’Empire. Il est très précisément décrit – avec un second meuble formant paire- dans sa vente après décès le 29 novembre 1809, sous le n°580 : « Deux cabinets, partie & contre-partie, ouvrant à trois battants dont le milieu orné d’une figure d’enfant faisant des bulles de savon, le haut surmonté d’un fort masque, avec guirlandes de feuilles de lierre & enroulement d’ornement ; les deux autres panneaux enrichis d’un enfant tenant un sablier d’une main, & de l’autre une couronne, accompagnée de trophées de musique, enrichis aux quatre coins d’équerre à tête de vents. Le soubassement en bois noirci, orné de rosaces, élevé sur pied à visse, le tout en bronze doré. Haut. 39 po., larg. 70 » (Haut. 105 x Larg. 189cm)3.

D’après l’inventaire après décès4, cette paire d’armoires se trouvait dans la même pièce que -ou au voisinage de- six gaines à tablier de Boulle portant des bustes de bronze et deux tables d’encoignure du même Boulle, du modèle de celles la Ménagerie. Outre les nombreux meubles de Boulle ou par les suiveurs de Boulle, Van Hoorn avait collectionné les sculptures (avec de nombreuses réductions en bronze d’après l’antique ou la statuaire baroque), les vases de granit ou de porphyre, Son inventaire, ainsi que le catalogue de sa vente, indiquent sa prédilection pour les meubles de rangement à trois portes de Boulle appelés « cabinets » dans le catalogue de vente, au nombre de onze, qui permettaient de renfermer tout en les exposant sa collection de gemmes – vases, coupes en agate, sardonyx, lapis lazuli, cristal de roche et jade qui constituait, avec la collection de boîtes en or et de pierres gravées, un véritable trésor de plusieurs centaines de pièces.

Collection du baron Van Hoorn de Vlooswyck, lot n° 580 vendu à Paris, le 29 novembre 1809.